Les rôles relationnels

Grand-mère est trop occupée à « guérir son enfant intérieur » pour aider à élever le vôtre.

L’une des conséquences les moins étudiées de l’idéologie féministe est son impact sur les femmes plus âgées, en particulier les grands-mères. Si l’on s’intéresse beaucoup à l’influence du féminisme sur les jeunes femmes (dans des domaines comme la sexualité, les choix reproductifs et les ambitions professionnelles), on s’est relativement peu penché sur la manière dont il transforme la seconde moitié de la vie d’une femme.

Le féminisme moderne, qui met l’accent sur l’autonomie individuelle, l’épanouissement personnel et la libération des rôles traditionnels, a redéfini le rôle des mères une fois leurs enfants adultes. Le message culturel est clair : une fois vos enfants grands, votre obligation envers eux, et par extension, envers leurs enfants, prend fin. Vous avez fait votre part. Vous avez désormais le droit de vous accorder la priorité.

Ce changement a des conséquences importantes.

Historiquement, la maternité n’était pas considérée comme un rôle temporaire, mais comme une vocation permanente. Si la nature des devoirs maternels évoluait avec la croissance de ses enfants, sa présence relationnelle et morale demeurait essentielle, source de sagesse, de stabilité et de continuité générationnelle. Les grands-mères jouaient un rôle central dans le façonnement de la culture familiale, contribuant à l’éducation des petits-enfants et servant de passerelle intergénérationnelle.

Le féminisme a sapé cette idée en redéfinissant la féminité autour de l’indépendance plutôt que de la relation. Les femmes âgées étaient encouragées à considérer les besoins de leurs enfants adultes comme un fardeau, leurs petits-enfants comme la responsabilité de quelqu’un d’autre et leurs sacrifices passés comme une justification à leur détachement plus tard dans la vie.

On assiste ainsi à l’émergence d’une génération de femmes qui, après avoir élevé leurs enfants, s’éloignent souvent complètement de la cellule familiale. Bien que souvent justifiée par le souci de prendre soin de soi ou de la liberté individuelle, cette situation marque une rupture profonde avec le fonctionnement familial séculaire. Elle impose également un fardeau insupportable aux jeunes mères, qui doivent désormais élever leurs enfants sans les structures de soutien d’autrefois.

Il ne s’agit pas ici de culpabilité ou d’obligation forcée, mais de reconnaître l’erreur philosophique consistant à supposer que les rôles relationnels expirent lorsqu’ils ne conviennent plus. La maternité, bien comprise, n’est pas une phase, mais une orientation permanente. Ne pas en tenir compte, tant culturellement que philosophiquement, est l’un des héritages les plus discrets et pourtant les plus dommageables du féminisme.


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