Le féminisme

Pourquoi l’idéologie qui promettait la libération des femmes a engendré une forme d’esclavage plus discrète. 

Le féminisme n’est pas arrivé par la violence. Il est arrivé par le vocabulaire. 

Des mots comme égalité, libération, droits et autonomisation, tous introduits clandestinement sous prétexte que l’Occident avait privé les femmes de quelque chose d’essentiel. 

Mais le monde moderne a une vieille habitude : il répare rarement ce qui est brisé. Il le remplace. Et le féminisme n’a pas fait exception. 

Ce qui a commencé comme une critique du péché masculin a abouti à une redéfinition complète de la féminité elle-même. Il ne s’est pas contenté de dénoncer l’injustice, il a démantelé toute la structure qui donnait autrefois aux femmes sens, protection et but. Le foyer, la famille, l’ordre sacramentel, la hiérarchie naturelle entre les sexes, rien n’a été corrigé. Ils ont été sapés, moqués et déconstruits. 

Le génie du projet féministe résidait dans sa capacité à s’ancrer dans l’imaginaire moral occidental sans nécessiter de métaphysique cohérente. Elle parlait en termes moraux de dignité, d’équité et de choix, mais sans ancrer aucun de ces éléments dans la nature humaine, la morale objective ou le dessein divin. 

I. De la rébellion à la reprogrammation 

La première vague du féminisme revendiquait des droits légaux. La deuxième, l’autonomie sexuelle. La troisième, rejetait toute définition de la féminité. 

Mais sous chaque étape se cachait une erreur plus fondamentale : la croyance que l’expérience masculine était normative et que la justice pour les femmes impliquait de les recréer à cette image.

• Pourquoi le travail domestique non rémunéré était-il considéré comme une oppression ? Parce qu’il n’était pas rémunéré sur le marché. 

• Pourquoi la maternité était-elle perçue comme une contrainte ? Parce qu’elle interrompait le carriérisme linéaire. 

• Pourquoi la soumission dans le mariage était-elle vilipendée ? Parce qu’elle contredisait l’éthique de l’auto-souveraineté.

Cela révèle le postulat sous-jacent : la féminité n’est légitime que dans la mesure où elle imite la virilité. Et non la virilité traditionnelle, notamment la virilité industrielle, individualiste et post-Lumières. Une virilité coupée de Dieu, de la création et de la famille. 

La reprogrammation a réussi parce qu’elle a offert aux femmes l’apparence du pouvoir tout en les dépouillant de tout ce qui les rendait puissantes. 

II. Le pouvoir redéfini : de la vie à la production de travail 

Historiquement, le pouvoir d’une femme résidait dans ce qu’elle pouvait créer, préserver et façonner. Elle était le foyer, la continuité de la culture, la conscience morale du foyer. Dans le christianisme, elle était vénérée non pas parce qu’elle pouvait « faire tout ce qu’un homme pouvait faire », mais parce qu’elle faisait tout ce qu’un homme ne pouvait pas faire.

Le féminisme a rejeté ce modèle, non par accident, mais à dessein. Il a aligné la valeur de la femme sur l’utilité marchande. Il lui a affirmé que sa valeur était déterminée par sa productivité économique, ses succès professionnels, sa liberté sexuelle et son indépendance vis-à-vis des hommes, des enfants et de Dieu. 

L’ironie est crue : l’idéologie qui prétendait lutter contre la marchandisation a transformé les femmes en marchandises. Leur beauté a été monétisée par les réseaux sociaux. Leurs utérus ont été neutralisés par la contraception. Leur travail a été absorbé par la machine des entreprises. Leur souffrance a été balayée comme le prix à payer pour « tout avoir ». 

III. L’effondrement du sens 

Que se passe-t-il lorsque la féminité n’est plus définie par rapport à l’enfant, à l’homme ou au foyer ? Que se passe-t-il lorsqu’elle devient entièrement autoréférentielle ?

La réponse est celle que nous observons aujourd’hui : crise d’identité, épuisement spirituel et incohérence métaphysique. Nous sommes arrivés à la conclusion absurde, mais inévitable, que « femme » peut tout signifier, même un homme. Car une fois séparée de sa nature, une chose devient infiniment malléable, et finalement dénuée de sens. 

Les femmes modernes ne sont pas plus libres. Elles sont plus fragmentées. Libres de travailler, mais sans personne pour les protéger. Libres d’avorter, mais sans savoir pourquoi elles se sentent hantées. Libres de courir après le pouvoir, mais incapables de trouver le repos. Libres de se définir, mais incapables de répondre à la question essentielle : à quoi suis-je destinée ? 

IV. La stratégie du cheval de Troie 

Le féminisme n’a pas détruit la féminité de l’extérieur. Il a pénétré l’imaginaire moral de l’intérieur. Il a proposé des réponses qui semblaient chrétiennes, mais qui étaient creuses :

• Dignité sans obéissance 

• Amour sans sacrifice 

• Autonomie sans but 

• Liberté sans nature 

• Égalité sans complémentarité

C’était un cheval de Troie. Un ensemble d’idées qui ressemblaient à de la justice, mais qui introduisaient clandestinement une vision du monde rendant la féminité incompréhensible, et encore moins honorable. 

Les femmes n’étaient pas libérées. Elles étaient réorganisées, en unités de travail plus efficaces, en contribuables plus fiables et en sujets d’État plus dociles. Leur loyauté naturelle était brisée, d’abord envers leurs maris, puis envers leurs enfants, et enfin envers Dieu. 

Et lorsque la poussière retombait, elles se retrouvaient seules, indépendantes, certes, mais de plus en plus stériles, anxieuses, désorientées et désespérées. 

Ce n’était pas un échec. C’était une conception. 

V. Pouvons-nous revenir en arrière ? 

Pas sans repentir. 

Le chemin du retour n’est pas cosmétique. Il ne s’agit pas d’esthétique traditionnelle ou de romantisme des années 1950. Il s’agit de retrouver une métaphysique. Nous devons revenir à l’idée que les hommes et les femmes ne sont pas identiques, que leur conception révèle leur telos, et que leur épanouissement ne réside pas dans le reflet de l’autre, mais dans le fait de donner à l’autre ce qui lui manque. 

Nous devons également rejeter le mythe libéral selon lequel le sens vient de la définition de soi. Ce n’est pas le cas. 

Cela signifie que la plupart des enseignements reçus par les femmes modernes doivent être désappris. Et ce ne sera pas sans douleur. Car les mensonges étaient flatteurs, et la vérité est souvent très humiliante. 

Mais la vérité est aussi libératrice. Car dès que nous cessons de vivre l’idéal masculin et commençons à incarner la réalité féminine, l’anxiété s’effondre. Nous retrouvons le rythme, la fécondité, le sens. Non par la domination, mais par l’abandon, d’abord à notre nature originelle, puis, nécessairement, à Dieu.


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