Et si vous n’étiez qu’une mère ?

Et si c’était tout ce que vous étiez  ? 

Dans presque tous les discours féministes modernes, une phrase familière revient, généralement formulée avec inquiétude, sous couvert de bienveillance et d’amour : 

« Tu es faite pour être plus qu’une simple mère. Plus qu’une simple épouse. Plus qu’une simple aidante… plus qu’une simple femme. » 

Cela paraît noble à première vue. Qui contesterait la valeur d’une femme ? Qui nierait sa complexité ?

Mais cette affirmation contient implicitement une condamnation. Elle suggère qu’une femme qui considère ces rôles comme des fins en soi est soit ignorante, soit réprimée, soit tragiquement peu ambitieuse. 

Cela soulève une autre question, une question où le discours féministe s’arrête rarement assez longtemps pour se la poser : 

Et si vous n’étiez pas faite pour plus ? 

Et si vous étiez faite pour être une mère ? 

Une épouse ? 

Une aidante ? 

Une femme ? 

Qu’y a-t-il de mal à cela, au juste ?

La crise ne réside pas dans le rôle. Elle réside dans l’incapacité de la culture à le comprendre

Le monde moderne est profondément mal à l’aise avec l’idée de telos, cette idée selon laquelle les êtres humains ont un but ancré dans leur nature, et non pas seulement dans leurs désirs. Et ce malaise est particulièrement aigu lorsqu’il s’agit des femmes. 

Affirmer qu’une femme a été créée pour quelque chose, surtout pour quelque chose d’aussi concret et incarné que porter des enfants, nourrir ou aider, est désormais considéré comme offensant. Cela suggère qu’une femme ne se définit pas uniquement par elle-même. Que son corps a une signification. Que ses instincts ne sont pas aléatoires. Que son épanouissement réside peut-être dans le fait de vivre selon un dessein antérieur à elle.

Le féminisme s’oppose à cette idée, non pas parce qu’elle est empiriquement fausse, mais parce qu’elle impose des limites. Et l’idéologie moderne assimile toujours limites et injustice. 

Mais le paradoxe est le suivant : en supprimant les « limites » de la féminité, le féminisme lui a également ôté son sens. À quoi sert une femme ? Personne ne peut répondre. La question elle-même est qualifiée d’oppressante. Nous nous retrouvons donc avec un genre qui doit être constamment performé, mais jamais compris. 

Pourquoi être « juste » une mère est-il si menaçant ?

Le mot « juste » est très important dans cette phrase.

Être « juste une mère », c’est, en réalité, assumer la responsabilité de la formation d’âmes entières. Être le premier environnement qu’un enfant habite. Vivre dans un rythme constant de don de soi. Porter la vie, la nourrir, la façonner, encore et encore. 

Il n’y a rien de mesquin là-dedans. 

Mais le féminisme ne considère pas la maternité comme une fin en soi. Il la considère comme un accessoire, un choix que l’on peut faire après avoir accompli sa véritable identité par le travail, la réussite ou l’expression personnelle. Si l’on choisit de la faire, il faut la contenir soigneusement. Elle ne peut être centrale. Et elle ne peut certainement pas être la seule identité d’une femme. C’est inadmissible dans le contexte féministe. 

Mais cela suppose que l’identité est quelque chose que l’on construit de toutes pièces, comme un CV, plutôt que quelque chose que l’on reçoit et que l’on vit. Et c’est devenu un mensonge aux conséquences profondes.

Une femme n’est pas une page blanche

L’idéologie moderne considère le soi comme une matière première : neutre, indéfinie et donc infiniment malléable. Mais Dieu et la condition humaine observable suggèrent quelque chose de bien différent. 

Le corps d’une femme n’est pas neutre. Il est orienté. Il révèle sa nature. La capacité à porter la vie n’est pas simplement biologique, elle est profondément symbolique. Elle renvoie à une réalité plus profonde : la féminité est marquée par la réceptivité, la culture, le soutien, l’intériorité. Et ces éléments façonnent une vie profondément humaine et étroitement ordonnée envers les autres. 

Être une épouse, une mère, une femme de foi, ne sont pas des rôles mineurs. C’est l’expression vivante d’une nature soigneusement conçue pour accomplir ce que seule une femme peut faire.

Ce que le féminisme ne tolère pas : le contentement

Au cœur de ce malaise culturel se trouve une vérité simple : le féminisme repose sur l’agitation. 

Il a besoin que les femmes aspirent à plus, à plus de statut, à plus de visibilité, à plus d’autonomie, à plus de reconnaissance. Tout le moteur économique et idéologique repose sur le mécontentement féminin. L’idée d’une femme satisfaite, convaincue qu’être une mère, une épouse et une chrétienne suffit, sape tout le système. 

Car si elle n’a pas besoin d’être plus qu’une épouse, une mère ou une femme, si une femme s’épanouit sans les applaudissements, l’ambition ou l’affirmation du monde, alors tout le cadre féministe commence à se fissurer. 

Car cela signifie qu’elle n’avait peut-être pas besoin d’être « plus » non plus. 

Peut-être avait-elle simplement besoin d’être fidèle à ce que Dieu l’a destinée à être.


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