Quand une femme a des enfants, sa vie prend fin. Tout ce qu’elle était avant disparaît. Tout ce qu’elle connaissait s’est éteint.
Tout ce qu’elle désirait, tout ce pour quoi elle pensait être faite, tout s’effondre. Tout finit, tout meurt, de la manière la plus belle et la plus profonde qui soit.
Car la mort, à notre grande surprise, peut être belle. Et il n’y a pas de plus grande preuve que la mort qui accompagne la naissance.
Qui vous étiez meurt à l’instant où vous voyez votre enfant.
Vous le sentez. La femme qui vivait pour elle-même s’évanouit. L’air change. Votre âme reconnaît que plus rien ne vous appartiendra jamais, pas même vous-même. Le miroir ne reflète plus les mêmes yeux. Le cœur qui battait pour votre propre vie se met à battre pour une autre.
Et pourtant, dans cette mort, vous renaissez.
Bien meilleure qu’avant.
Dans un amour à l’état pur, dans sa forme la plus sacrée. Celui qui vous coûte tout. Celui qui déchire votre chair et brise votre cœur pour mieux les remplir d’éternité.
Votre sommeil s’éteint, votre liberté s’éteint, votre vanité s’éteint. Votre temps, vos projets, vos maigres conceptions du bonheur, tout se consume comme des offrandes sur un autel. Vous vous tenez au milieu des cendres de celle que vous étiez, et vous y découvrez quelque chose de merveilleux : une douceur insoupçonnée, un amour si intense qu’il en est presque insoutenable.
La maternité est la plus exquise des morts.
C’est la mort qui donne la vie, l’abandon qui vous rend entière. Vous troquez votre nom contre quelque chose de plus grand, d’éternel. Vous vous fondez dans l’amour, et dans cette disparition, vous êtes retrouvée.
Il n’y a pas de retour en arrière.
Et vous ne le souhaiteriez pas. Car si la femme que vous étiez est morte, celle qui a pris sa place a vu le visage de l’amour, et rien, après cela, ne pourra jamais se comparer à cela.

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