« Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi. » – Saint Augustin
« Tu es assez », voilà le genre de chose qu’on entend partout. Le « Vivre, Aimer, Rire » du développement personnel. On le voit partout. C’est presque l’évangile moderne des gens ordinaires. Mais c’est d’une vaine beauté, et c’est un mensonge éhonté.
Peu importe combien de fois on le répète, cela ne nous soulage jamais, et ne nous apporte jamais le sentiment d’être entiers. Cela n’apaise ni notre agitation intérieure, ni les insomnies causées par le flot incessant de pensées qui nous assaillent, ni ne répare nos blessures intérieures. Cela ne le peut pas, et ne le fera pas.
Au contraire, cela ne fait que les amplifier. Cela nous impose un idéal inatteignable : la pression d’être parfaits. Et c’est une tâche impossible.
La raison en est simple : nous n’avons jamais été destinés, et certainement pas conçus, à nous suffire à nous-mêmes.
L’être humain est créé de telle sorte qu’il est incomplet par lui-même. Nous ne sommes pas des êtres autonomes, mais des êtres relationnels. Nous ne sommes pas faits pour errer seuls dans le désert de la vie ; nous sommes faits pour la communion, non seulement avec les autres, mais aussi avec notre Créateur.
Être humain, c’est dépendre, de notre premier souffle à notre dernier. Nous commençons dans le ventre d’un autre. Nous grandissons dans les bras des autres. Nous sommes façonnés par nos liens : avec nos familles, nos conjoints, nos enfants et, par-dessus tout, avec Dieu.
Mais aujourd’hui, la pensée et la sagesse modernes enseignent exactement le contraire.
C’est pourquoi nous avons la génération la plus déprimée, déracinée et désorientée de tous les temps.
La dépendance est taboue. Avoir besoin de quelqu’un, surtout pour les femmes, est perçu comme un signe de régression. Combien de fois vous disent-ils, à vous les femmes, de ne jamais dépendre d’un homme ? De ne compter que sur vous-mêmes ? Vous êtes censées être autonomes, indépendantes, maîtresses de vous-mêmes. Vous êtes censées vivre uniquement pour vous-mêmes.
Mais à quelle vie cela mène-t-il réellement ?
Pour beaucoup de femmes, cela conduit à un désespoir existentiel constant. Dès votre plus jeune âge, on vous inculque l’idée de rechercher l’indépendance, de tout réussir, de tout faire, et de tout faire seules. Vous avez le travail, la maison, les éloges, et un vide abyssal et persistant qui va avec.
C’est parce que vos âmes se dessèchent dans l’isolement, elles meurent.
Voilà pourquoi le christianisme n’enseigne pas l’autosuffisance. Il enseigne la grâce. Nous ne sommes pas sauvés en étant suffisants. Nous sommes sauvés en reconnaissant notre insuffisance. C’est le fondement même de l’Évangile : l’homme ne peut se racheter par lui-même. Beaucoup trouvent cela insultant. Mais en tant que chrétiens, nous savons que c’est la véritable liberté. Car lorsque nous acceptons enfin notre insuffisance, nous sommes enfin libres de cesser de faire semblant, nous sommes enfin capables de recevoir.
C’est particulièrement vrai dans la maternité. Aucune mère qui a veillé toute la nuit auprès d’un bébé fiévreux, qui a traversé les longues journées du post-partum ou qui s’est entièrement donnée à son enfant ne pourrait se regarder dans la glace et dire honnêtement : « Je suis suffisante. » Nous le savons. La tâche est trop immense. L’exigence trop constante.
La source, ce n’est pas vous. Ça ne l’a jamais été. La source, c’est Dieu. La source, c’est l’ordre divin qui vous a placé dans une famille, vous a donné une vocation, vous a enraciné dans un corps, dans le temps et dans l’histoire. Vous avez été créé pour appartenir à quelque chose.
Et c’est en acceptant cela que vous trouverez la véritable liberté, la joie, un sens à votre vie et la paix.
Vous n’êtes pas suffisant. Et remerciez Dieu pour cela. Car ce n’est qu’en cessant de vouloir être parfait que vous pourrez enfin devenir ce que vous êtes vraiment destiné à être.

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