Construire malgré les vagues : une leçon de vie

J’ai construit tant de châteaux de sable au bord de l’eau, et ils ont tous disparu. Ma sœur et moi passions des journées à la plage à essayer de déjouer l’océan, de déjouer la marée. Nous construisions d’immenses douves pour tenter d’empêcher l’eau de détruire notre château, notre manoir, notre maison, et pourtant, nous échouions à chaque fois. Nous nous retournions, nous courions nous réfugier sur nos serviettes pour manger le goûter que maman nous avait préparé, pour s’apercevoir aussitôt que notre construction avait disparu, emportée par les vagues, la marée, ce va-et-vient incessant. Et nous le prenions mal. Que l’eau détruise si facilement tout notre travail était une véritable insulte, presque une attaque personnelle. Dès que nous avions fini, c’était comme si l’océan le savait et qu’il envoyait une vague plus grosse que toutes celles autour desquelles nous avions bâti nos châteaux. Et voilà, tout notre travail, envolé. Nous riions, surtout par frustration, surtout parce que nous savions qu’il allait falloir tout recommencer. Mais nous riions parce que l’océan avait beau avoir détruit nos constructions, il n’anéantirait jamais notre besoin, notre désir de construire. Et c’est ça qui est si étrange chez nous, les humains. 

Nous sommes faits pour créer, nous sommes faits pour construire. Notre Dieu créateur a laissé en nous une si grande part de lui-même, et l’un de ses attributs, c’est que, comme lui, nous voulons créer, nous voulons donner forme à l’informe. Nous voulons prendre le sable, l’eau, la terre, les mots, la farine, le bois, le tissu, les enfants, les maisons, les jardins, les mariages, les vies, et transformer tout cela en quelque chose de beau. Les enfants le savent : donnez-leur de la boue, et ils feront des tartes ; donnez-leur des bâtons, et ils feront des épées ; donnez-leur des couvertures, et ils feront des forts ; donnez-leur du sable, et ils bâtiront des châteaux voués à l’échec dès le départ, et pourtant, cela ne les arrête pas… car l’important n’a jamais été que le château dure, l’important, c’est que nous sommes faits pour construire.

Quand j’étais enfant, je n’avais pas besoin que le château dure éternellement pour décider que nous devions continuer à le construire. Nous nous consacrions toujours à sa construction, à le construire correctement. Nous savions que ce n’était qu’une question de temps avant que le rivage ne vienne nous prendre ce qui nous appartenait pour un instant, et pourtant nous savions, nous comprenions que c’était bien. Et une grande partie de nos vies est ainsi : nous préparons des repas qui sont mangés en dix minutes, nous nettoyons des chambres qui seront sans aucun doute de nouveau en désordre à l’heure du coucher, nous tenons dans nos bras des bébés qui grandissent, nous plantons des fleurs qui fleurissent et se fanent, nous investissons notre amour dans des journées qui s’achèveront aussi vite qu’elles ont commencé, et pourtant, rien de tout cela n’est vain. Le repas est terminé, certes, mais quelqu’un a été nourri. La chambre est de nouveau en désordre, mais l’ordre a été rétabli. Le bébé grandira, mais l’enfant a été tenu dans les bras. Les jours s’achèvent, mais l’amour demeure. Et c’est ce que je dois me répéter : les vagues ne rendent pas la construction vaine. Notre destin éphémère, notre fatalité, ne rendent pas vaine tout ce que nous bâtissons. L’océan a emporté tous nos châteaux, mais il n’a jamais pu nous enlever la joie de les construire. Il n’a pas emporté nos rires, notre imagination, nos mains sablonneuses, ni notre désir tenace de recommencer. Et voici la leçon : nous ne devons pas cesser de construire simplement parce que la marée monte, simplement parce qu’elle montera. 

Construisez votre foyer, préparez le repas, plantez des fleurs, écrivez, aimez ceux qui vous entourent, mariez-vous, ayez des enfants, bâtissez les belles choses que Dieu a placées sur votre chemin.

L’amour n’est jamais vain entre les mains de Dieu. J’ai construit tant de châteaux de sable au bord de l’eau, tous ont disparu. Les vagues ont emporté chaque château, chaque mur, chaque douve que nous avions creusée, mais elles n’ont jamais emporté la joie de les construire. Les vagues n’ont jamais pu emporter nos rires, ni notre profond désir humain de recommencer, de réessayer. C’est là le sens de la vie : même si elle a une fin, même si elle disparaît, nous devons continuer à construire.


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